Rencontre avec Roxane Bruneau

Dans le cadre des Nuits FEQ présentées par Bell  


Il est rarement question de musique lorsqu’il est fait mention de Roxane Bruneau dans les médias. Ou enfin, sans doute trop peu au goût de la principale intéressée. Peut-être est-ce parce qu’elle est un si parfait produit de son époque que le «phénomène Roxane Bruneau» tend à éclipser l’artiste?

Enfant de YouTube, elle y fait partager ses observations, son quotidien, jusqu’à y demander sa blonde en mariage, récoltant des centaines de milliers de visionnements. Elle est drôle, frondeuse et vraie. «Au début, je visais plus l’humour, raconte-t-elle dans les coulisses de l’Impérial Bell. Mais je faisais des chansons depuis longtemps, quand même.» Les deux se sont ainsi développés en une sorte d’improbable symbiose. Et le succès fut presque instantané.

Au-delà de la forme, c’est surtout dans le propos que la musicienne incarne le mieux ce début de millénaire, secoué par de nombreuses prises de conscience.

En quelques vidéos, chansons et clips, elle normalise l’homosexualité comme aucun artiste ne l’a fait au Québec avant elle. Même chose pour les troubles de santé mentale. Pas en devenant une porte-parole ni une égérie, mais en livrant dans ses contenus l’essence de son quotidien, de son identité, de son histoire. Avec pas de filtre.

Là encore, il y a de quoi fasciner les médias, habitués aux univers polis et à l’ancien monde des communications.

Mais c’est dans sa musique que Roxane Bruneau catalyse ce bagage de vie avec le plus de brio. Et c’est là, par ce véhicule artistique qu’elle exploite avec un rare aplomb, que transitent le mieux ses messages qui ne sont ni des étiquettes ni des slogans. Seulement des instantanés de sa vie. Et de celle des gens qui l’entourent. Voilà ce qu’on dit trop peu : le succès de foule des spectacles de cette nouvelle venue de la chanson québécoise n’est pas un phénomène YouTube. Il s’agit d’une authentique communion artistique.

Amours dysfonctionnelles, violence conjugale, «c’est déprimant longtemps tout un spectacle de chansons comme ça», dit la jeune auteure-compositrice. Et pourtant il y a autre chose dans ses pièces qui ne convoque aucune noirceur, mais scintille plutôt sous le feu des projecteurs.

Lorsqu’elle chante «je collectionnerais des p’tits bouts de toi, je les cacherais dans mes poches», le décor de la pièce où elle campe son récit est peut-être fait de tristes «murs en préfini», c’est tout de même l’extase des amours naissantes faisant fondre le malheur qui domine. Et si Roxane Bruneau tend un miroir aux gens, dans lequel ils se reconnaissent au point de la suivre par centaines de milliers dans les réseaux sociaux, c’est grâce à la lumière dont elle leur indique la présence au bout du tunnel qu’elle génère un tel capital d’amour. C’est aussi de cet espoir qu’elle tire le supplément d’âme qui s’ajoute à son magnétisme.

Chez elle, le drame a quelque chose de normal, de presque banal. À l’ère des vies fantasmées, dont le mensonge est magnifié par Instagram, elle propose une franchise qui rassure. Le malheur existe pour tous, et on y survit. «Des filles qui viennent me voir pour me dire qu’elles ont laissé leur chum après m’avoir entendue chanter à propos de la violence conjugale, ça me rend fière; j’ai l’impression de me rendre utile.»

Utile. Indispensable. Comme l’est toujours la lumière dans les moments de noirceur. Au premier accord de guitare, les hurlements de la foule lui disent quelque chose qui ressemble à «merci».

- David Desjardins, Agence la flèche

Voir la vidéo et écoutez le balado.