Rencontre avec Monster Truck

Dans le cadre des Nuits FEQ présentées par Bell  


«On s’appelle Monster Truck, on joue du gros rock sale pis on a une toune sur les durs à cuire du hockey. Je pense que ça te dit tout ce que tu dois savoir sur nous!»

C’est avec un sourire en coin que le guitariste Jeremy Widerman lance cette boutade, mais sa description suffit à donner une bonne idée de ce que son groupe a à offrir. En conversation dans les loges de l’Impérial Bell, à quelques heures de son concert, le musicien se montre aussi sympathique qu’inépuisable, valsant d’un sujet à l’autre avec une aisance déconcertante.

Sur scène, toutefois, il s’en tient à l’essentiel : faire du headbanging tout en matraquant son public à grands coups de riffs incendiaires.

Les fans de pop délicate sont invités à passer leur chemin. Le groupe ontarien mesure ses réussites en gouttes de sueur et en tympans abîmés. Et, comme nous avons pu le constater, c’est en spectacle que la magie opère. Si Jeremy est le plus énergique de la bande, ses collègues sont loin d’être paresseux : le chanteur Jon Harvey maintient l’équilibre entre puissance et précision – avec un timbre qui peut rappeler celui de Chris Cornell –, le claviériste Brandon Bliss semble jouer du Deep Purple sous amphétamines, et le batteur Steve Kiely, malgré son intensité, mérite bien son surnom de «Cool».

«Il y a longtemps qu’on a compris que la survie d’un groupe de rock passe par la scène. Même si l’industrie de la musique n’était pas aussi difficile, je te dirais exactement la même chose, affirme Jeremy. C’est peut-être un cliché, mais lorsqu’on est en tournée, chaque minute de la journée est pour nous un prélude à la seule chose qui compte : ce moment où on se retrouve sur scène à communier avec le public.»

On peut en dire autant des fans présents pour le spectacle à l’Impérial Bell: la plupart semblaient connaître par cœur les plus vieilles chansons tout comme les pièces du plus récent album du groupe, True Rockers. «On adore jouer à Québec, parce que le public est formidable, mais aussi parce qu’il y a des salles magnifiques comme celle-ci. Du bon son, une belle ambiance et des gens qui s’occupent de toi : difficile de demander mieux! On retrouve la même qualité d’accueil et d’écoute en Europe.»

Malgré quelques moments plus polis, avec des pièces accrocheuses comme Evolution, True Rockers est fidèle à ce rock lourd typique des seventies, rehaussé de touches grunge, que la formation perfectionne depuis 10 ans. Thundertruck, en dépit d’un titre qui se veut un clin d’œil à AC/DC, est un hymne rempli de références à Metallica et à Deep Purple. Quant à la pièce-titre, un manifeste fédérateur judicieusement placé au début de l’album, elle met en vedette le grand Dee Snider, chanteur de Twisted Sister, qui livre un plaidoyer passionné en faveur du pouvoir salvateur du rock.

Pour Jeremy et ses comparses, inutile de préciser que le rock en question devrait être précédé de l’adjectif classic. Élevé par un père mélomane qui l’a initié très jeune aux joies du rock, Jeremy s’est fait les dents sur les mélodies des Beatles et des Beach Boys, avant de tomber tête première dans les riffs pesants de Black Sabbath et de Led Zep. «Mon père, qui croyait être cool, m’a dit un jour : “Si tu joues de la guitare, arrange-toi pour être Jimmy Page.”» C’est un conseil complètement idiot quand tu y penses, peut-être le pire que tu puisses donner à un aspirant guitariste. D’abord parce que personne ne peut jouer comme Jimmy Page, mais surtout parce que tu n’as pas besoin de son talent pour faire du rock! »

Heureusement pour nous, Jeremy n’a pas attendu d’être un dieu vivant de la guitare avant de se lancer dans l’arène. Et si on se fie au concert de l’Impérial Bell, il n’est pas près d’abandonner la scène.

- Nicolas Tittley, pour l'Agence la flèche

Voir la vidéo et écoutez le balado.