Rencontre avec Lisa LeBlanc

Dans le cadre des Nuits FEQ présentées par Bell  

« D’où on arrive, donc? »

Le camion de tournée se stationne dans la ruelle derrière l’Impérial Bell. Lisa LeBlanc et son groupe en descendent, pas trop fourbus, mais un brin hagards.

À force de passer sa vie sur la route, la reine de la fuite autoproclamée en vient-elle à oublier d’où elle arrive, et où elle va?

« Ah oui, Sherbrooke, c’est ça, hier soir on a joué à Sherbrooke. »

Les garçons commencent déjà à extirper le matériel de la fourgonnette – qui n’a rien du glamour des autobus de tournée des grands groupes – tandis que nous entrons par la porte arrière de l’édifice. On aperçoit les cuisines du restaurant d’à côté. Nous parviennent les sons du coup de feu du midi. Les odeurs de cuisson, les vapeurs alléchantes. Virage à gauche dans les coulisses de la salle de spectacle.

Lisa LeBlanc n’a pas le temps de se poser que nous la mitraillons de questions, la caméra braquée sur elle. Une autre entrevue l’attend par la suite. Le rythme fiévreux semble parfaitement lui convenir. Elle papillonne d’un endroit à l’autre dans l’Impérial Bell et ses coulisses, enthousiaste.

« Ça fait huit ans que je suis en tournée », lance-t-elle sans blaguer. « Cette année, ça a été un peu moins pire, on a pris quelques pauses, mais avant, on était continuellement sur la route. Sauf que là, j’arrête, je prends une sabbatique », annonce-t-elle.

Lisa LeBlanc assignée à domicile? Son plus récent album, Why You Wanna Leave, Runaway Queen est une affaire de rock et de bitume. D’hôtels et d’amours longue distance. Tout un imaginaire construit sur des années d’errance organisée, entre deux salles de spectacle.

Neuf heures plus tard, tandis qu’elle effeuillera la liste de chansons d’un concert qui déboule à fond de train, on n’arrivera pas à l’imaginer ailleurs que sur scène. Elle y règne admirablement, ses musiciens et elle en symbiose pour le bonheur d’un public conquis.

N’a-t-elle pas le vertige à l’idée de rompre avec l’excitante routine des concerts, des rencontres avec le public, de la déferlante quotidienne d’amour qui vient la submerger depuis la salle? Why do you wanna stay, Lisa?

« J’aime ça, vraiment, faire ça. Les concerts, la route, la tournée. Je tripe encore. Ça fait depuis que j’ai 16 ans que je joue tout le temps. Mais je prends une pause avant de me tanner. J’ai peur de devenir blasée, et je ne veux surtout pas ça. »

La route comme décor de ses récits musicaux l’habite même lorsqu’elle prend racine, nous rassure-t-elle. « Je n’ai plus le temps d’écrire sur la route. Entre les déplacements, les soundchecks, la sieste d’après-midi et le spectacle, je n’ai plus très envie d’écrire. Plus jeune, oui. Mais je ne comprends pas comment je faisais, confie la Néo-Brunswickoise de 28 ans. Mon dernier disque, de toute manière, il parle de la route, mais il a presque tout été écrit à la maison. »

Pas question de s’ennuyer dans les prochains mois non plus. La frénésie de la tournée sera remplacée par l’effervescence de projets menés depuis son foyer. « Je vais réaliser un album, je vais faire la direction artistique d’un gros spectacle. Pour une fois, je n’aurai pas de disque ou de tournée à faire. »

Fin de la route pour un moment. La fuite a fait son temps. Lisa LeBlanc pourra enfin se lever le matin en sachant immédiatement où elle se trouve. Sans parler des bonheurs simples de la domesticité. Comme varier les repas.

« Sérieux, dit LeBlanc en éclatant de ce rire franc qui ponctue presque chacune de ses phrases, je suis plus capable de déjeuner au Tim Hortons… » On la comprend.

- David Desjardins, Agence la flèche


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